Une gêne en fin de poste, une raideur au réveil, une épaule qui tire un peu plus chaque semaine. La plupart des salariés continuent malgré ces signaux, et la plupart des entreprises ne les voient pas. C’est pourtant le meilleur moment pour agir : avant la douleur, avant l’arrêt de travail, avant la désorganisation des équipes.
Les troubles musculosquelettiques (TMS) restent la première cause de maladie professionnelle reconnue en France [1]. Ils pèsent sur un absentéisme qui poursuit sa hausse à l’échelle nationale [2].
Sur un site industriel de 250 salariés, les Papeteries du Léman, l’absentéisme a pourtant été divisé par deux en six ans. Ce résultat est celui d’une culture sécurité portée par la direction et les équipes. Appicare y contribue depuis plus de sept ans, sur un volet précis : la prévention des TMS. Voici ce que cette expérience enseigne sur la manière d’agir avant la douleur.
En bref
- Les TMS s’installent sans bruit : leurs signes précurseurs sont le moment le plus utile pour agir, et le plus souvent ignoré.
- Agir à ce stade repose sur quatre leviers : comprendre les causes dans le travail, transmettre des réflexes simples, prolonger la sensibilisation, suivre les résultats.
- Exemple terrain : un absentéisme passé de 6,44 % en 2020 à 3,10 % sur les neuf premiers mois de 2026, à contre-courant de la tendance nationale.
- Un résultat collectif, auquel Appicare contribue depuis sept ans sur le volet TMS.
Pourquoi les TMS échappent aux dispositifs de prévention classiques
Un risque progressif et silencieux
Une chute, un contact électrique, une collision : la plupart des risques professionnels se manifestent par un événement visible, que l’on peut analyser et corriger. Les TMS fonctionnent autrement. Ils résultent de sollicitations répétées ou de postures maintenues, souvent banales, dont les effets s’accumulent pendant des semaines ou des mois.
Aucun événement ne déclenche l’alerte. Quand la douleur s’installe durablement, le trouble est souvent déjà constitué.
Des signaux d’alerte banalisés
Les premiers signes sont discrets : une gêne ou une fatigue localisée qui revient, une raideur, des fourmillements, une douleur qui disparaît de moins en moins au repos. Beaucoup de salariés les jugent normaux, ou hésitent à en parler de peur de donner l’impression de se plaindre.
C’est pourquoi l’atelier que nous animons sur le sujet s’ouvre sur une question directe : « Est-ce que vous continuez malgré la douleur ? » Elle permet à chacun de se reconnaître dans une situation que l’on tait souvent.
Un coût humain et économique sous-estimé
Pour le salarié, un TMS installé signifie une douleur durable et parfois une restriction d’aptitude. Pour l’entreprise, ce sont des arrêts souvent longs, des remplacements, une surcharge pour les collègues présents, une perte de savoir-faire au poste et des effets sur la qualité et les délais. Nous détaillons ces coûts dans notre article Absentéisme et TMS en entreprise.
Agir au stade des signes précurseurs demande peu de moyens. Agir après l’arrêt de travail coûte beaucoup plus, et arrive souvent trop tard.
Agir avant la douleur : quatre leviers complémentaires
Une sensibilisation ponctuelle ne suffit pas à changer les pratiques. Pour agir au bon moment, la prévention des TMS doit combiner quatre leviers. Ce sont ceux qu’Appicare met en œuvre dans les entreprises qu’elle accompagne.
1. Comprendre les causes dans le travail, pas seulement la douleur
Les consultations d’ostéopathie en entreprise permettent de prendre en charge les symptômes et de donner aux salariés des conseils concrets. Chez Appicare, lorsque le format d’intervention le permet, elles ne se limitent pas au soin : elles sont associées à une lecture ergonomique de la situation de travail.
Cette lecture repose sur le modèle Déterminants – Activité – Effets, issu de l’analyse ergonomique de l’activité :
- les déterminants : l’organisation, les équipements, les cadences, les consignes et les contraintes qui structurent le poste ;
- l’activité : le travail réellement effectué, avec les régulations que le salarié met en place pour faire face aux contraintes ;
- les effets : les conséquences observées sur la santé (gênes, douleurs, TMS, accidents) comme sur la production (qualité, performance).
C’est ce qui renforce l’impact des conseils donnés. Ils ne portent pas seulement sur la douleur, mais sur ses causes dans le travail : ils sont donc plus pertinents, plus durables, et les salariés se les approprient mieux.
Dans cette logique, un signe précurseur n’est pas le signe d’une fragilité individuelle. C’est une information sur la situation de travail.
Pour objectiver ces observations, chaque bilan s’appuie sur une grille d’évaluation commune, construite autour de cinq critères : le motif de la consultation, l’intensité du symptôme, son lien avec l’activité de travail, sa fréquence et son évolution. Chaque critère est gradué du vert au rouge.

Pour chacun des cinq critères, seuls les indicateurs orange ou rouge sont pris en compte : une gêne ou une douleur plutôt qu’un inconfort non significatif, un symptôme rythmé ou déclenché par l’activité, revenant au moins plusieurs fois par semaine. Les situations ponctuelles ou sans lien avec le travail sont écartées. Ce seuil permet de cibler les situations qui exposent réellement au risque de TMS, plutôt que de diluer l’analyse dans des plaintes passagères. L’entreprise dispose ainsi d’un repérage ciblé, comparable d’un salarié à l’autre et d’une année sur l’autre.
2. Transmettre des réflexes que les salariés appliquent

Connaître les signes ne suffit pas : il faut savoir quoi en faire. L’atelier « Le corps parle avant la douleur & le risque » est volontairement court, quinze minutes, et vise un objectif unique : que chaque participant reparte avec un réflexe actionnable.
Il repose sur une règle simple : une gêne qui persiste plus de trois jours, j’en parle à mon manager ou au référent sécurité. Le message clé l’accompagne : signaler une gêne, ce n’est pas se plaindre, c’est agir avant que le corps n’ait plus le choix.
L’atelier part des situations réelles du site, photographiées à des postes de conduite d’engins comme à des postes administratifs. Un tour de table relie l’atelier au suivi mené toute l’année : les salariés déjà reçus en consultation rappellent le conseil reçu et disent s’ils l’appliquent encore.
Une séquence, « La posture qui ne sonne pas », cible un risque souvent sous-estimé : la posture banale, maintenue dans la durée. Pour la démonstration, un participant porte un gilet d’alerte. Il réagit aux postures excessives, mais reste muet face à une posture ordinaire tenue trop longtemps. Le gilet alerte sur l’excès ; c’est au salarié d’être attentif à la durée.
Le principe d’économie d’effort est illustré sur deux types de postes :
- en manutention : fente avant et charge près du corps ;
- en poste administratif : écran dans l’axe du regard et avant-bras soutenus.
Lorsque le poste ne permet pas d’adopter cette position, le signal précurseur devient la principale protection du salarié.
3. Prolonger la sensibilisation au-delà de l’atelier

Un message de prévention s’efface vite s’il ne laisse pas de trace. Chaque participant repart donc avec un « passeport prévention », un support d’une page à compléter en cinq minutes.
Il y note ses trois signaux à ne jamais ignorer, son signal d’alerte et le bon réflexe qui le soulage, et repère sur un schéma corporel ses zones les plus sollicitées. L’objectif est de repérer, pas de diagnostiquer.
Le passeport reste à portée de main, au vestiaire ou au poste. Il se relit avant une tâche à risque, se compare à une gêne qui apparaît et se vérifie une fois par mois.
4. Faire remonter les déterminants et suivre les résultats
Un signal remonté au manager ou au référent sécurité n’aide pas seulement le salarié concerné. Lorsqu’un même déterminant revient chez plusieurs salariés, il devient une information utile à l’entreprise pour agir sur le poste lui-même : aménagement, organisation, équipement.
Enfin, une démarche de prévention se juge dans la durée. Le critère d’évolution de la grille de bilan indique, pour chaque situation repérée, si elle est en bonne voie ou si elle doit être surveillée. À l’échelle de l’entreprise, quelques indicateurs suivis avec la direction suffisent : absentéisme, accidents du travail, presque-accidents, signalements de gênes. Ce suivi contribue aussi à documenter la démarche et à renforcer la traçabilité des actions engagées, notamment dans le document unique d’évaluation des risques. Nous abordons ce point dans notre article DUERP 2026 : de l’obligation légale au pilotage de la prévention.
Vous souhaitez agir sur les TMS avant qu’ils ne deviennent des arrêts de travail ?
Exemple terrain : sept ans d’accompagnement aux Papeteries du Léman
Le contexte : une entreprise à forte culture sécurité
Les Papeteries du Léman sont un site industriel de 250 salariés, doté d’une culture sécurité ancienne et structurée. Appicare y intervient depuis plus de sept ans, à travers des consultations d’ostéopathie individuelles au cours desquelles les salariés reçoivent des conseils concrets pour limiter leurs symptômes. Selon les besoins, elles sont complétées par un bilan structuré à l’aide de la grille Appicare. Ce suivi régulier a permis de construire une connaissance fine des postes et des gênes qui reviennent.

En octobre 2026, la semaine sécurité du site réunit cinq ateliers complémentaires : Risques électriques ; L’environnement – le tri des déchets ; Les chutes de plain-pied ; Distraction – vigilance – addictions ; et Posture et TMS, confié à Appicare.
Cet atelier n’a pas été ajouté au dernier moment. Il a été proposé à Appicare parce qu’une relation de confiance s’est construite depuis sept ans, appuyée sur des résultats observés et suivis dans le temps.
Les résultats : l’absentéisme divisé par deux en six ans
En 2020, le taux d’absentéisme du site s’établissait à 6,44 %, selon les chiffres transmis par la direction des ressources humaines. Sur les neuf premiers mois de 2026, il atteint 3,10 % : une baisse de 52 %.

Deux précisions de lecture. L’année 2020 a été marquée par le contexte sanitaire, ce qui peut gonfler le point de départ ; la baisse reste toutefois nette sur les dernières années. Le chiffre 2026 porte sur neuf mois et sera à confirmer en fin d’exercice.
Ce résultat prend toute sa portée face à la tendance nationale. Selon le baromètre WTW, établi à partir des déclarations sociales de près de 2 000 entreprises, le taux d’absentéisme du secteur privé atteint 5,1 % en 2024, en hausse de 34 % depuis 2019. Pour les ouvriers, il dépasse 7 % [2].
Pour un site de 250 salariés, chaque point d’absentéisme représente l’équivalent de deux à trois salariés à temps plein absents chaque jour. La baisse observée dépasse trois points : un ordre de grandeur qui parle à toute direction, même s’il ne constitue pas un bilan comptable.
L’entreprise constate également une baisse des accidents, des comportements à risque et des presque-accidents. Lors de la semaine sécurité, le « tableau d’or » où chacun pouvait laisser un mot pour la sécurité s’est couvert de messages : une adhésion sans laquelle aucun message de prévention ne s’installe durablement.
Un résultat collectif : la part de la prévention des TMS
Ces résultats ne se décomposent pas action par action. Ils reposent sur l’engagement de la direction, de l’encadrement, du service sécurité et des salariés, et sur plusieurs leviers complémentaires, dont les quatre autres ateliers de la semaine sécurité.
L’accompagnement d’Appicare en est l’une des composantes. Il apporte la lecture des TMS, un risque que les autres dispositifs couvrent difficilement, parce qu’il s’installe sans bruit.

Ce qu’il faut retenir pour votre entreprise
Cette démarche n’est pas propre à l’industrie papetière. Elle se transpose aux sites industriels, logistiques ou tertiaires :
- Considérer les signes précurseurs comme un indicateur de prévention, et non comme une plainte.
- Relier chaque gêne exprimée à la situation de travail qui la produit.
- Donner aux salariés un réflexe unique et une règle claire de signalement.
- Prolonger chaque action de sensibilisation par un support personnel et un relais managérial.
- Suivre quelques indicateurs dans la durée, avec la direction.
Pour les nouveaux salariés, cette logique se prolonge dès l’arrivée au poste, comme nous le détaillons dans notre article Accueil sécurité des nouveaux arrivants.
Conclusion
Les TMS ne s’annoncent pas par un accident, mais par des signaux discrets que salariés et entreprises apprennent trop souvent à ignorer. Ces signes précurseurs sont pourtant le moment où la prévention coûte le moins et produit le plus.
Appicare ne remplace pas une culture sécurité : elle lui apporte ce qui lui manque souvent sur les TMS, à savoir la compréhension de leurs causes dans le travail et des réflexes que les salariés appliquent. Aux Papeteries du Léman, cette contribution s’inscrit dans une démarche collective dont les effets se mesurent : un absentéisme divisé par deux en six ans.
Agir avant la douleur dans votre entreprise
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Questions fréquentes
Les premiers signaux sont souvent discrets : gêne ou fatigue localisée qui revient, raideur, fourmillements, inconfort en fin de poste, douleur qui disparaît de moins en moins au repos. Une règle simple aide à ne pas les laisser s’installer : une gêne qui persiste plus de trois jours est signalée au manager, au référent sécurité ou au service de santé au travail.
Parce qu’ils sont progressifs et paraissent banals, et parce que beaucoup craignent de donner l’impression de se plaindre. Une sensibilisation efficace présente le signalement comme un réflexe de prévention, et non comme un aveu de fragilité.
L’ostéopathie permet de prendre en charge les symptômes et de conseiller le salarié. La lecture ergonomique relie ces symptômes à la situation de travail : l’activité réelle, les contraintes et les déterminants du poste. Les conseils portent alors sur les causes, et pas seulement sur la douleur, ce qui les rend plus pertinents et plus durables.
Les effets sur l’absentéisme se mesurent sur plusieurs années, car ils dépendent de la continuité de la démarche et de l’évolution des pratiques. C’est pourquoi il est utile de définir dès le départ quelques indicateurs à suivre avec la direction, plutôt que de juger une action isolée.
En le construisant à partir des situations réelles du site, en visant un réflexe unique que chaque participant peut appliquer, et en le prolongeant par un support personnel et un relais managérial. Un atelier court, de l’ordre d’un quart d’heure, s’intègre facilement à un parcours de plusieurs ateliers.
Sources
