L’absentéisme n’est jamais qu’un chiffre sur un tableau de bord RH. Derrière chaque arrêt de travail répété se cache le plus souvent une situation de travail qui a fini par user un corps, un geste, une articulation. Les troubles musculosquelettiques comptent parmi les principales causes d’arrêt de travail en France, avec une durée moyenne nettement supérieure à celle des arrêts maladie classiques, et occupent une place particulière chez les ouvriers, catégorie où le taux d’absentéisme est le plus élevé.

Pour un DRH ou un dirigeant, la question n’est donc plus seulement « combien coûte l’absentéisme », mais « qu’est-ce que cet absentéisme raconte sur nos situations de travail réelles ». C’est cette question que cet article propose d’éclairer, à partir d’une méthodologie d’analyse ergonomique de l’activité.

L’absentéisme, un signal plus qu’un problème isolé

L’absentéisme progresse en France depuis plusieurs années, sans réel retour au niveau d’avant-crise sanitaire. Selon le baromètre Oasys/Diot-Siaci 2025, le taux atteint 4,98 % en 2025 contre 4,84 % en 2024 — une hausse modérée, mais qui confirme l’absence de retour à la normale, avec une proportion croissante de salariés absents et des arrêts longs en augmentation.

Ce durcissement se traduit notamment par une hausse des arrêts liés aux accidents du travail et maladies professionnelles, catégorie dans laquelle les troubles musculosquelettiques occupent une place centrale : ils représentent, selon les baromètres, entre 16 et 21 % des arrêts documentés, et se classent en deuxième position parmi les grandes familles de pathologies à l’origine des arrêts longs, derrière les troubles psychosociaux.

Les secteurs les plus exposés ne sont pas anodins pour les cibles d’Appicare. Selon le baromètre WTW 2025, la santé et l’action sociale affichent un taux d’absentéisme de 8,5 %, l’hébergement-restauration 8 %, et le transport-entreposage 6,8 %, contre 2,37 % chez les cadres, catégorie la moins exposée — à l’autre extrémité du spectre, chez les ouvriers, les troubles musculosquelettiques comptent parmi les principales causes d’arrêt.

Ces chiffres donnent un point de repère : un taux d’absentéisme sensiblement supérieur à la moyenne de votre secteur, en particulier lorsqu’il se concentre sur certains postes, est souvent le signe d’un phénomène qu’il vaut la peine d’objectiver plutôt que de subir.

Un coût qui dépasse la ligne comptable

Au-delà du jour d’absence lui-même, chaque arrêt long mobilise remplacement, réorganisation, perte de savoir-faire et tension sur les équipes en poste. Ce coût peut rapidement représenter plusieurs dizaines de milliers d’euros par arrêt une fois intégrés le remplacement, la réorganisation temporaire et la perte de savoir-faire — un ordre de grandeur qui varie fortement selon le poste, le secteur et la durée réelle de l’arrêt, mais qui donne la mesure de l’enjeu pour un DRH ou un dirigeant.

Ce coût ne se limite pas au remplacement du salarié absent. Il intègre la réorganisation de l’équipe, le risque de report de charge sur les collègues en poste — avec un effet d’usure à retardement — et, pour les arrêts liés à des TMS, un risque de récidive si la cause n’est pas traitée à la racine.

À titre d’illustration, une entreprise cumulant ne serait-ce que 5 à 10 arrêts longs liés à des TMS sur une année peut ainsi voir ce coût caché dépasser plusieurs centaines de milliers d’euros — un montant rarement visible dans les tableaux de bord RH classiques.

Le coût de l’inaction face au coût du diagnostic

C’est ce dernier point qui distingue un absentéisme « subi » d’un absentéisme évitable. Plusieurs analyses sectorielles estiment qu’une part significative de cet absentéisme serait évitable par une meilleure politique de prévention. Pour une entreprise qui identifie que ses arrêts se concentrent sur certains postes ou certaines zones, cette part évitable représente un vrai levier économique à condition de savoir précisément où et pourquoi elle se joue, ce que seule une analyse du travail réel permet d’objectiver.

Ne pas investiguer les causes d’un absentéisme concentré revient à accepter, année après année, la répétition d’un même coût caché. À l’inverse, un diagnostic ciblé sur les postes les plus concernés a un coût maîtrisé et ponctuel, et débouche sur des actions dont l’effet peut être suivi dans la durée via les mêmes indicateurs RH déjà disponibles (fréquence, durée, répartition par poste).

Pourquoi les réponses classiques ne suffisent pas toujours

Face à la hausse de l’absentéisme, les entreprises réagissent souvent par des leviers RH généraux : suivi administratif des arrêts, entretiens de retour, parfois primes de présentéisme. Ces réponses traitent la conséquence, rarement la cause.

Quand l’absentéisme est en réalité alimenté par des TMS, ces leviers atteignent vite leurs limites : un salarié qui revient sur un poste inchangé, avec les mêmes contraintes gestuelles, les mêmes cadences et le même matériel, reproduit tôt ou tard le même schéma d’usure. Sans identification précise du ou des postes à l’origine du phénomène, l’entreprise gère l’absentéisme au lieu de le prévenir.

Ce que l’analyse du travail réel révèle

Opérateur sur une ligne de production industrielle en poste polyvalent, geste contraint observé avant une démarche de prévention TMS

L’approche Appicare repose sur le modèle Déterminants – Activité – Effets, propre à l’analyse ergonomique de l’activité :

Cette lecture permet d’objectiver ce qui reste souvent implicite : un opérateur qui adopte une posture contrainte n’est pas « en faute », il compense un écart entre ce que le poste exige et ce que l’organisation prévoit réellement. C’est cet écart qu’il faut identifier et quantifier pour agir sur la cause, pas sur le symptôme.

Une méthode duplicable, pas un audit ponctuel

L’intérêt de cette approche est qu’elle peut être reproduite sur plusieurs postes ou plusieurs sites, avec des indicateurs comparables. Elle ne se limite pas à un diagnostic isolé : elle installe une lecture commune entre RH, HSE et opérationnels, qui facilite la priorisation des actions.

Infographie du modèle Déterminants-Activité-Effets : organisation et moyens, gestes réels et régulations, effets sur la santé et la performance

Ce qui peut être décidé une fois les causes objectivées

Une fois les déterminants majeurs identifiés, les décisions deviennent concrètes et argumentées :

Ce mode de décision présente un double avantage : il traite la cause identifiée plutôt qu’un symptôme général, et il permet de mesurer un avant/après sur des indicateurs objectifs (fréquence des arrêts, exposition mesurée, retours de terrain).

Poste de travail industriel réaménagé pour réduire les contraintes posturales

Ce que cela apporte aux entreprises

Documenter une démarche de prévention à partir d’une analyse objectivée du travail réel peut contribuer à renforcer la traçabilité des actions engagées, un point utile dans le cadre du DUERP comme dans les échanges avec les organismes de prévention ou les assureurs. Cette démarche s’inscrit également dans une logique de performance sociale : moins d’usure professionnelle, moins de tension sur les remplacements, une meilleure lisibilité pour les équipes RH.

Sur le plan juridique, l’employeur est tenu d’évaluer et de prévenir les risques professionnels, TMS compris. Un absentéisme concentré sur certains postes, non expliqué et non documenté, expose l’entreprise en cas de contrôle ou de contentieux. Une analyse objectivée du travail réel peut contribuer à démontrer que la démarche de prévention a été engagée de manière sérieuse et tracée.

Quand solliciter un accompagnement

Un accompagnement extérieur devient particulièrement pertinent si l’une de ces situations vous parle :

Échange entre un dirigeant et un consultant en prévention autour du diagnostic ergonomique

Conclusion

L’absentéisme lié aux TMS n’est pas une fatalité statistique : c’est un signal qui, correctement analysé, permet d’agir sur des causes réelles plutôt que sur des symptômes. Le modèle Déterminants – Activité – Effets offre une lecture objectivée, duplicable et utile à la décision, pour transformer une problématique RH en levier de prévention durable.

Si l’une de ces situations vous parle, l’absentéisme de votre entreprise mérite probablement d’être objectivé avant qu’il ne s’installe durablement — humainement, comme économiquement.


Découvrez comment un diagnostic ergonomique identifie et quantifie les causes réelles pour orienter des décisions concrètes

Nos solutions

FAQ

1. Quel est le lien entre TMS et absentéisme en entreprise ? Les TMS figurent parmi les principales causes d’arrêts de travail, en particulier les arrêts longs chez les salariés exposés à des contraintes gestuelles ou posturales répétées. Un absentéisme récurrent sur certains postes est souvent un signal de TMS non identifiés.

2. Comment savoir si l’absentéisme de mon entreprise est lié à des TMS ? Un croisement entre les données RH (fréquence, durée, localisation des arrêts) et une observation du travail réel sur les postes concernés permet de vérifier cette hypothèse de façon objective.

3. Qu’apporte un diagnostic ergonomique par rapport à un suivi RH classique ? Le suivi RH mesure les conséquences (jours d’absence). Le diagnostic ergonomique identifie les causes opérationnelles à l’origine de ces absences, ce qui permet d’agir en amont plutôt que de gérer les arrêts au fil de l’eau.

4. Un diagnostic ergonomique peut-il contribuer à documenter le DUERP ? Oui, une analyse objectivée du travail réel peut contribuer à documenter la démarche de prévention et renforcer la traçabilité des actions engagées, ce qui est utile pour le DUERP et les échanges avec les organismes de prévention.

5. Combien de temps faut-il pour objectiver les causes d’un absentéisme lié aux TMS ? Cela dépend du nombre de postes concernés et de la disponibilité des équipes sur le terrain, mais une première analyse ciblée permet généralement d’identifier rapidement les déterminants majeurs à l’origine des effets observés.